Les juifs gardiens du temps

le paroxysme du racisme

Publié le : 04 janvier 201719 mins de lecture

Un des principes de notre recherche anthropologique a toujours été de faire ressortir une fonctionnalité derrière les clivages socioculturels et autres, ce qui va à l’encontre de l’approche actuelle tendant à en estomper la portée, même lorsqu’il s’agit d’une différence aussi flagrante que la sexuation (cf. notre texte en ligne, sur ce site, sur l’Utopie Féministe). En ce qui concerne les Juifs, nous avons voulu modéliser, dialectiser, axialiser leur place dans le monde, en prenant le problème de diverses manières, jusqu’à ce que nous parvenions aux résultats que nous soumettons à présent.

Plan de l’article

JACQUES HALBRONN

En fait, ce qui nous a longtemps empêché de progresser dans notre réflexion, c’est ce qu’on pourrait appeler un tabou, selon lequel il serait inconcevable que les hommes ne pensent pas de la même manière, ce qui pourrait en effet sembler être le paroxysme du racisme. C’est d’ailleurs à cette même conclusion que nous étions parvenu concernant la différence entre l’homme et la femme, à savoir que nous ne percevons pas nécessairement le monde pareillement.

Et il ne s’agit pas là d’une simple considération d’ordre culturel, ce serait d’un ordre plus profond, matriciel. C’est dans le milieu astrologique que ces approches différentes ressortent de la façon la plus frappante. Qu’on en juge, voilà justement des personnes partageant le même bagage intellectuel, disposant des mêmes techniques, du même référentiel et cependant qui ne perçoivent pas à l’identique le rapport de l’Homme aux astres, qui n’ont pas la même philosophie de l’astrologie. C’est bien qu’il y a quelque chose de plus radical qui sépare les astrologues les uns et les autres.

Expliquons-nous, il y a ceux qui pensent que l’astrologie a d’abord à traiter du caractère, à assigner une appartenance à un type zodiacal, planétaire, ce que nous appellerons le découpage de l’espace social. Et puis il y a ceux qui soutiennent que l’astrologie est avant tout prédictive, qu’elle doit nous aider à connaître et à préparer l’avenir. Le débat est souvent rendu confus par le fait que, comme disent certains, le caractère forge un destin mais c’est bien là une façon subtile de subordonner le destin, qui est le temps, à une appartenance de nature caractérologique.

Dialogue de sourds, il nous a longtemps semblé jusqu’au jour où nous nous sommes dit que peut être chaque protagoniste percevait autrement: en ce qui nous concernait, nous avions tendance à négliger tout l’attirail astrologique différenciateur, jusqu’à ne pas nous soucier du signe ou du thème, comme si c’était bien secondaire et en face de nous, on expliquait doctement et avec la même conviction que prévoir, c’est à dire annoncer le changement, était vanité des vanités!

Or, cette controverse qui semble interne au milieu astrologique nous concerne tous, en réalité car les astrologues ne font qu’exprimer le ressenti de tout un chacun et d’ailleurs ne sont guère mieux lotis que les non astrologues, ce qui signifie que chaque astrologue apporte à l’astrologie son propre potentiel, le plus souvent plus qu’il ne reçoit d’elle.

Si l’on analyse les réactions face aux événements du 11 septembre, on s’aperçoit à quel point l’humanité est sous le choc d’un événement non prévu et non annoncé; or les astrologues n’ont guère été plus avancés, en la circonstance, que le commun des mortels. CQFD.

Dans mes discussions avec certains astrologues, comme le Français Patrice Guinard (né en 1957), nous avions vraiment l’impression que nous avions une représentation incompatible de l’astrologie. Lui, d’origine chrétienne, ne cessait d’insister, dans son “Manifeste” (http://cura.free.fr), sur l’aptitude des humains à penser la multiplicité, fondement des typologies astrologiques de toutes sortes et parallèlement il ironisait sur la prétention des astrologues à prévoir comme si, en fait, il avait le sentiment que les choses ne changeaient pas, absorbé qu’il était par les clivages socioprofessionnels et autres qui étaient une réalité beaucoup plus concrète et incontournable. A l’inverse, nous, d’origine juive, nous ne voulions même plus entendre parler du thème natal, soutenions que l’on pouvait faire de l’astrologie avec un seul et unique cycle planétaire que l’on pouvait diviser en phases alors que notre ami affirmait que l’astrologie devait faire son beurre de la totalité des planètes du système solaire.

A la fin, le débat nous fit songer à celui opposant monothéisme et polythéisme et nous nous sentions farouchement monoplanétariste et contempteur des polyplanétaristes. Mais tout se passait comme si nous étions monothéiste dans l’âme, alors que jusque là notre intérêt pour la question du dieu unique était resté des plus tièdes. Car, en effet, il nous semblait que l’on pouvait transposer le débat théologique en un débat astrologique et qu’alors la polémique retrouvait une dimension beaucoup plus concrète.

Désormais, il nous apparaissait que le fondement du monothéisme était la conviction qu’un seul dieu suffisait pour faire fonctionner le monde et cela était vrai si l’on pensait en terme de temporalité. Et en face, il y avait ceux qui étaient, tout autant persuadés, qu’il fallait plusieurs dieux-planètes pour conférer à chaque caste son totem, avec toutes les combinatoires qui pouvaient en découler.

Deux astrologies face à face mais que le syncrétisme avait rapprochées artificiellement pour ne plus faire qu’un seul corps de doctrine. Il importait de refaire apparaître la ligne de clivage entre ces deux sensibilités, l’une spatiale, l’autre temporelle, ce qui recouvre d’ailleurs la différence entre astrologie individuelle et astrologie “mondiale”, c’est à dire s’intéressant au collectif.

Ne pouvait-on en conclure que chaque astrologue devait se limiter au champ qui lui était le plus familier, qui trouvait le plus d’écho en lui-même? Car, quand bien même utiliserait-il telle ou telle technique pour accéder à une dimension qui lui était étrangère, il n’y aurait pas de miracle, il ne pourrait apporter que ce qu’il avait en lui-même. Mieux valait travailler, au bout du compte, en équipe, chacun se spécialisant dans ce qu’il percevait le plus instinctivement, le plus naturellement.

Si l’on ajoute que dans le milieu astrologique, il y a très peu de juifs, en comparaison avec d’autres créneaux, on ne sera pas surpris des médiocres succès prédictionnels et de la tendance générale à privilégier, de façon parfois obsessionnelle et caricaturale, les différences individuelles, c’est à dire spatiales, horizontales par rapport aux différences de génération, de phase, soit verticales.

Et en ce qui nous concernait, nous astrologue juif, nous étions en porte à faux avec notre planète unique qui nous suffisait à structurer le temps et à conférer à chaque phase une spécificité que la plupart des astrologues tendaient à brouiller en multipliant les cycles à l’infini. Autrement dit, trop de cycles tuent le cycle.

Et à partir d’une telle prise de conscience, l’idée nous vint que juifs et chrétiens, au sens racial plus que proprement religieux, astrologues ou non, nous percevions des dimensions complémentaires sinon incompatibles.

A partir d’un tel constat, nous parvenions enfin à toucher du doigt, phénoménologiquement, une différence qui sous tendait les seules appartenances socioculturelles plus qu’elle n’était constituée par elles.

Si nous appliquons de telles grilles de lecture, nous comprenons ce que les uns et les autres tendent à minimiser et à relativiser. Pour les “spatiaux”, il est bien difficile de croire que le temps humain soit structuré autrement que par le cycle des saisons, qu’il y a des choses qui ne conviennent pas à une phase donnée, tant ces gens là sont branchés sur le découpage spatial, qui leur semble tellement plus réel que tous les cycles du monde lesquels n’auraient que très peu d’incidence sur ces structures basiques que sont les constantes de caractère. Pour les “temporels”, la notion d’individu apparaît comme un artefact, une exagération, une enflure ne résistant pas au cours de l’Histoire. On aura compris que chaque camp voit midi à sa porte et relativise les valeurs de l’adversaire. Dialectique espace/temps qui implique deux regards distincts et qui n’est pas sans rappeler l’alternative entre quanta et mécanique ondulatoire, c’est à dire que c’est l’un ou l’autre mais pas les deux à la fois.

Certes, le “spatial” prétend savoir ce que c’est que le temps et le “temporel” ce que c’est que l’espace mais en pratique, c’est bien la portion congrue. On spatialise le temps ou on temporise l’espace car on ne peut totalement évacuer l’autre membre de l’équation.

Les Juifs seraient ainsi les bâtisseurs du temps face aux bâtisseurs de l’espace, plus aptes à percer les secrets de l’Histoire tant passée qu’à venir, à respecter la spécificité d’une époque donnée sans tout écraser ou mélanger, en une sorte de bouillie anachronique. Ce peuple de prophètes prendrait les alternances de phase au sérieux, se projetterait sur un avenir à long terme sans se réfugier jamais dans la linéarité, mais cela se ferait aux dépends des autres hommes, vagues silhouettes, dont les préoccupations ne sauraient faire obstacle au sens de l’Histoire. N’est-ce pas ce qui se passe au niveau des relations israélo-arabes?

Les Juifs seraient le peuple d’un seul dieu, le dieu du temps, Chronos, le Saturne latin qui est attribué à une planète, l’unicité étant avant tout un signe d’un découpage dans la durée. En face, les autres peuples, les goyim, les “gentils”, selon l’expression consacrée, occuperaient le plan de l’espace, en mettant à contribution le maximum de planètes. C’est dire que la controverse sur monothéisme et polythéisme n’est pas prête de se terminer et qu’elle va même trouver un second souffle.

Il importe de comprendre les enjeux techniques et épistémologiques qui recouvrent et recoupent les enjeux théologiques et spirituels, ce qui conduit à faire de l’astrologie, en cette aube du XXIe siècle, un savoir très sensible et incontournable.

On savait déjà que les astres avaient reçu des noms de dieux, on savait également que le mot “Ciel” désignait en fait le monde divin tant monothéiste que polythéiste. Mais on ne comprenait pas la véritable signification d’un débat qui semble de nos jours – faussement – dépassé, qu’il s’agisse d’ailleurs des astres ou des dieux.

C’est pourquoi il est urgent de comprendre que ce débat reste tout à fait actuel, qu’il conditionne notre rapport au monde: si chacun d’entre nous n’est véritablement capable d’appréhender que le temps ou l’espace, on se rend compte à quel point nous sommes incomplets, ce qui fait éclater le concept même d’individu, éminemment syncrétique, et qui se nourrit de faux semblants. Nous prétendons être une totalité, en tant qu’individus, mais une partie de nous-même est factice.

Le Juif est gardien du temps, le non Juif gardien de l’espace et ils ne le sont pas par choix, mais par une disposition naturelle de l’être. Au demeurant, la définition que nous proposons est plus souple qu’il peut sembler au premier abord: rien n’empêche de qualifier telle personne de “juive” ou de “non juive” quand bien même le doute existerait sur son pedigree mais désormais on peut sérieusement parler d’une philosophie juive et d’une philosophie non juive et réécrire l’Histoire de la Philosophie.

La philosophie juive – par delà toute dimension judaïque, c’est à dire se référant explicitement au fait juif – est d’essence monothéiste en ce sens qu’elle refuse la dualité spatiale, il n’y a qu’un Créateur mais celui-ci peut se retirer, au septième jour, il n’y a qu’une Loi mais cette Loi prévoit qu’au septième jour de la semaine, on entre dans un autre temps, celui du Shabbat. Il y a aussi un temps où il faut suspendre les cultures agricoles.. Les exceptions se situent dans le temps, non dans l’espace. La pensée juive nous montre à quel point les hommes sont semblables en faisant ressortir, comme le fait Freud, ce qui est récurrent chez tous, avec notamment le complexe d’Oedipe qui est lié à un stade à franchir..

La philosophie non juive, pour sa part, perçoit des dualités, un manichéisme, le monde serait traversé, comme chez les Perses, par des forces contraires – le bien et le mal – alors que pour la pensée juive, il faudrait dépasser ce clivage et le resituer, comme le fait Marx, dans une dialectique thèse/antithèse et dépasser les clivages de classes. En ce sens, le rejet du communisme serait un rejet de la pensée juive.

L’astrologie traditionnelle, celle des 12 signes du zodiaque, nous apparaît dès lors comme l’expression la plus marquante d’une pensée non juive et, dans sa thèse, Patrice Guinard (L’astrologie, fondements , logique, et perspectives, Université Paris I, 1993) a montré à quel point tout un pan de la philosophie allait dans le même sens, à savoir un besoin de découper le monde en catégories vouées à cohabiter.

Mais l’astrologie que Guinard préconise reste éminemment syncrétique, c’est à dire qu’il n’évacue pas pour autant la dimension du temps et défend l’idée que chaque planète est aussi porteuse de changement dans son rapport dynamique avec le thème natal. L’astrologie qu’il endosse est multiple quant à ses acteurs planétaires mais chaque individu aurait son propre temps, ce qui correspond littéralement à une spatialisation du temps.

Or, pour une astrologie juive, il est clair, tout au contraire, que le temps s’impose à tous dans la simultanéité, dans la synchronie, toutes distinctions confondues, la loi s’impose à tous, indistinctement, au même moment, ce qui implique de fait l’évacuation du thème natal qui viendrait moduler le rapport au temps.

Guerre des astrologies qui ne fait que révéler un conflit plus profond, celui du Juif et du non Juif, ce qui est somme toute normal et où chacun veut faire basculer l’astrologie selon son sens. Pour notre part, nous ne contestons nullement l’existence d’une astrologie spatiale, que les travaux statistiques du Français Gauquelin (1929-1991) ont mis en évidence (cf. notre étude à la suite de ses Personnalités Planétaires, Paris, Trédaniel, 1992 et notre travail sur la Pensée astrologique, in Histoire de l’Astrologie de J. Halbronn et S. Hutin, Paris, Artefact, 1986) cette distribution d’un certain nombre de planètes selon les orientations professionnelles. En revanche, nous n’acceptons pas que l’on se serve du zodiaque comme référentiel du thème natal, mais seulement les “maisons”, sur la base du lieu et de l’heure de naissance, ce qu’a montré précisément Michel Gauquelin, à partir de 1955. Le Zodiaque est en effet une structure temporelle, permettant de baliser; sur l’écliptique, le parcours d’un astre privilégié qui, selon nous, est Saturne dont on dit qu’il a dévoré ses enfants, c’est à dire les autres astres.

Dans ce mythe de Saturne/Kronos, nous prenons ainsi la mesure de cette opposition entre un dieu unique, le Temps (Kronos en grec signifie le temps) et le passage à une dimension spatiale exprimé par la multiplicité de sa progéniture qui veut écraser le temps, le châtrer, ce que fera Jupiter à l’encontre de son père.

Saturne, l’astre le plus lent connu de l’Antiquité dont les phases sont de sept ans, ce qui sous tendrait l’interprétation par Joseph l’Hébreu du songe de Pharaon, concernant la succession des vaches grasses et des vaches maigres. Joseph, astrologue de cour, conduisant le souverain d’Egypte à comprendre que le temps n’est pas linéaire mais comporte des hauts et des bas. Certes, dans la Bible, est- il question des douze tribus entre lesquelles se répartirait le peuple juif mais il s’agit là selon nous d’un aspect syncrétique et parasite qui n’a jamais rempli de fonction précise.

Tant que les Juifs n’ont pas démontré qu’ils avaient un rôle éminent à jouer, ils risquent soit l’assimilation, soit l’extermination. Soit, une forme de négationisme leur dispute tout droit à une différence radicale, ils ne seraient qu’un peuple parmi bien d’autres, soit, on les identifie aux forces du mal à anéantir, selon une forme de diabolisation typique de la pensée non juive.

Le christianisme est-il réellement un monothéisme? On peut en douter. La dimension multiple y est flagrante, le Père, le Fils mais aussi la Vierge, mère immaculée de Jésus. Et si le Père était Kronos sacrifiant son Fils, une autre façon de le dévorer, tout comme Abraham fut amené à conduire Isaac sur l’autel, quand bien même serait-il sauvé in extremis….Et dans l’Évangile, Jésus survit à la crucifixion tout comme Jupiter échappe à la dévoration de Saturne.

Décidément, ni l’astrologie, ni la mythologie ne peuvent être évacuées si l’on veut comprendre cette civilisation judéo-chrétienne qui, précisément, marie le Temps et l’Espace.

Jacques Halbronn, Paris le 20/10/01

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