Regard de l’intérieur l’Inde au quotidien

La mythologie indienne

Pauline Hirschauer-Choudhury

Dussehra et Diwali

La mythologie indienne est une longue histoire merveilleuse pour les enfants autant que pour les adultes, elle nous emporte dans un monde surnaturel qui plonge ses racines dans l’Histoire indienne. Au cours de toutes ces légendes, de ces explications mythologiques, les Dieux, les Démons, les Humains, les animaux se battent, survivent pour le bien, pour le mal, pour découvrir le secret de l’éternité. Les festivals indiens actualisent chaque année ce patrimoine, un bon moyen de découvrir la diversité généreuse de l’Inde est de parcourir le calendrier annuel indien, le regard saute d’une date festive à un jour férié ou à une fête nationale, il n’y a pas une semaine sans un festival, c’est une suite sempiternelle de joyeux moments à l’image de ce pays multiculturel et multiconfessionnel. Déambuler dans les rues animées, rentré dans les maisons décorées, écouter les voix des temples, déguster dessweets, sucreries typiquement indiennes, tout est bon pour rompre agréablement la monotonie du quotidien. Les différentes communautés religieuses, hindoues, musulmanes, chrétiennes, jains, sikhs ou cohabitent paisiblement, tous ces festivals socioreligieux reflètent la richesse d’une nation qui chérit son passé culturel et historique. De grandes fêtes hindoues, Dussehra et Diwali déroulent leurs bandeaux de festivités aux mois d’octobre, les dates sont fixées selon le calendrier lunaire hindou.

L’Inde suit officiellement le calendrier grégorien qui débute avec l’ère chrétienne mais elle garde le calendrier traditionnel hindou pour toutes les fêtes religieuses qui sont indexées sur le calendrier lunaire, l’année étant divisée en douze mois lunaire d’après les signes du zodiaque traduit du grec au sanskrit.

Dussehra

Cette année Dussehra a été fixée au 7 octobre, elle est précédée par neuf nuits (navatri qui commence la nuit après la nuit sans lune) pendant le mois hindou d’Asvina. Tout comme Diwali que nous détaillerons ensuite Dussehra est très liée à une des deux grandes épopées épiques classiques, le Ramayana (l’autre étant le Mahabarata). Selon cet épisode que nous simplifierons ici , Rama, le fils aîné du roi Dasarath et la septième incarnation de Vishnu, devait monter sur le trône d’Ayodhya mais sa belle-mère voulait que son propre fils (de mère différente) Bharata, soit couronné, et à la suite de plusieurs intrigues Rama se voit obligé de partir en exil dans la forêt sous l’ordre de son père pour quatorze ans. Sa femme Sita et son frère Lakshmana décident de l’accompagner. Entre temps Bharata, qui n’était pas au courant des agissements de sa mère revient à la cour mais refuse de monter sur le trône d’Ayodhya où il place les sandales de bois de son frère Rama. Il gouvernera pendant les quatorze années d’exil de Rama sans pour autant se proclamer roi. Pendant ce temps dans la forêt profonde, une femme tombe amoureuse du frère de Rama, Lakshmana qui , lassé de ses avances dont il ne veut pas lui coupe les oreilles et le nez. Mais cette femme n’était autre que la sœur du roi de l’île de Sri Lanka, Ravana, qui, pour venger sa sœur défigurée enlève la femme de Rama, Sita. Rama part alors libérer son épouse avec l’aide d’une troupe de soldats-singes, au bout de sept ans il finit par vaincre Ravana et reprendre sa femme.

 Ainsi pendant dix jours la progression de cet épisode est jouée dans les rues par des troupes d’enfants ou d’adultes avec des décors et des costumes chatoyants rouge et or pour les défenseurs de Rama et de couleur plus sombre noir ou jaune pour les “partisans du démon” Ravana. C’est un véritable théâtre populaire avec des scènes et des tableaux très vivants. Les sabres de plastique et de bois illustrent la bataille ultime entre Ravana et Rama qui sort vainqueur du combat après avoir tué Ravana. Dussehra correspond au dixième jour de ce festival qui revêt des formes différentes selon les régions. Dans le nord de l’Inde de langue hindi comme à Delhi, on parle de la saga de Rama, Ram Lila, où des représentations de rue et des feux d’artifices ponctuent le festival. La fin du festival est la plus impressionnante, on fait brûler d’énormes fantoches de Ravana à dix têtes (bien que Ravana soit populairement assimilé à un démon, il était aussi un brahmane de grand savoir, et un adepte de Shiva , dix têtes signifie aussi dix fois plus de connaissance et d’intelligence) bourré de matériels explosifs et de pétards dans de grands espaces : symboliquement Rama, Sita et Lakhshma lancent sur Rama des flèches de feu.

 A travers la Durga puja la culture bengali vénère plus précisément la déesse Durga qui a une place particulière dans le panthéon des dieux hindous. Le festival bengali commence le jour qui suit la nuit sans lune pendant le mois d’Asvina (et non la nuit comme pour les hindiphones). Durga, la déesse à dix bras a vaincu le démon à tête de buffle Mahishasur et c’est devant des statues et des photos de ce démon que les bengalis pratiquent le rituel de l’aratis, crescendo de tambours, de cymbales et de cloches qui accompagnent les danseurs dans une ambiance tamisée (combinaison du culte et de l’adoration). Ces danseurs ont la particularité de danser avec dans leurs mains des pots en terre cuite enfumés par la combustion de peaux de noix de coco. Cette déesse est shakti, l’énergie cosmique qui anime tous les êtres vivants. Des idoles magnifiques de la mère déesse sont vénérées à partir du cinquième jour puis elles sont immergées dans une procession joyeuse le dixième jour dans des fleuves et des rivières, cette immersion s’appelle bishorjonne. Des semaines à l’avance, les sculpteurs s’activent pour créer et produire des quantités impressionnantes de statues en paille, en terre battue, en poterie qui sont ensuite peintes minutieusement par des artistes qui ont appris cet art de leurs ancêtres. En général Dussehra correspond ici au jour Bijoya Doshomi où la bishorjonne est pratiquée. D’un festival à un autre les formes de vénération changent rendant chaque jour festif tout aussi attrayant. Avec Dussehra, Diwali est une des fêtes les plus populaires en Inde.

Diwali

Le festival de Diwali, dont l’origine vient du mot sanskrit Deepaavali qui signifie littéralement “éventail de lampes” et plus populairement la “fête des lumières”, a été fixée d’après de savants calculs au 26 octobre 2000. Elle débute le quinzième jour de Kartika aux alentours de la nuit la plus sombre du mois lunaire. Pour tous ces festivals, la date n’est pas la plus importante contrairement à la position de la lune qui est primordiale. Différentes légendes sont attachées à Diwali mais nous parlerons des deux plus importantes. La mythologie de Diwali porte tout comme pour Dussehra sur le Ramayana surtout dans le nord du pays qui célèbre le retour de Rama après son exil de quatorze ans à Ayodha dans son royaume avec sa femme Sita, après avoir vaincu le démon Ravana de Sri Lanka. Toutes ces lampes illuminent le chemin du retour d’exil de Rama . La deuxième explication, qui correspond aussi à toutes celles des sociétés agraires, serait que Diwali est un festival religieux pour fêter la fin des moissons surtout dans les régions rurales et à l’ouest de l’Inde. Des sucreries sont préparées avec du riz pilé à moitié cuit qui provient de la moisson toute fraîche, c’est la saison Kharif quand la récolte de riz est tout fraîche. Une bonne moisson est liée à la prospérité, d’où la vénération de la déesse de la prospérité Lakshmi.

Les vallées des montagnes magiques, les hameaux isolés des campagnes au sol rouge, les grands immeubles aux jardins suspendus illuminent la nuit dans tout le pays de leurs diyas, petites lampes de poterie dans lesquelles de l’huile ou du ghee ( beurre clarifié) brûlent toute la nuit, nichées dans les moindres recoins de chaque maison. Ces lampiotes symbolisent la sagesse, le combat contre l’ignorance, source de tous les malheurs. Aux guirlandes électriques s’ajoutent le bruit et la fumée, les enfants s’amusent à faire sauter des pétards ahurissants qui éclaboussent les tympans, certains deviennent sourds, d’autres se brûlent en jouant avec le feu. Si on remonte aux sources, la lumière et le feu ont pour fonction d’éloigner les forces du mal mais maintenant les pétards ont une vocation ludique très excitante pour les enfants qui y jouent jusqu’à des heures avancées dans la nuit. Les maisons sont repeintes pour ceux qui ont les moyens, les rues des bazars sont plafonnéees de guirlandes argentées et dorées sur toutes leur longueur. C’est l’occasion de porter de nouveaux vêtements, les ménagères rachètent de nouveaux ustensiles de cuisine, Diwali signifie la même chose pour les hindous hindiphones que Noël pour les chrétiens. On y distribue à profusion des ladoos, barfies, gulab jamun (sweets indiennes).

Diwali s’étend sur une période de cinq jours, le premier jour, les maisons sont complètement nettoyées pour accueillir Lakshmi, la déesse de la prospérité et le sol est décoré de dessins,rangolis (décorations faites avec de la poudre ou de la farine de riz, souvent en vermillon et de toutes les couleurs). Le deuxième jour est dédié à la victoire de Krishna sur Narakasura, tyran légendaire (dans le sud, de l’Inde on prend un bain avant l’aube avec de l’huile et des poudres de parfum et on met de nouveaux vêtements). Le troisième jour est consacré au culte de la déesse de la fortune, Lakshmi, jour important pour les commerçants et les entreprises, on ouvre de nouveaux livres de compte et on en fait le culte, on solutionne les vieilles affaires. En Inde, la prospérité et la richesse sont bien vues car elles sont synonymes d’une bonne vie antérieure, et non d’un agent de corruption. Le quatrième jour représente la visite de l’amical démon Bali dont le règne fut très prospère mais qui fût remis à sa place par Vishnu, en effet le Roi Bali aurait détruit les siècles d’ancienne philosophie de la société tout en étant très généreux aussi. L’idée de ce jour est de voir le bien dans les autres même dans ses ennemis. Le cinquième jour, les hommes rendent visite à leurs sœurs qui leur placent un point de couleur rouge sur le front que l’on appelle tilak. Ce festival marque aussi le Nouvel An jain, les jains célèbrent le nirvana de Lord Mahavira, le moment où il a quitté le cycle des réincarnations. Diwali est aussi célébrée en Malaisie, au Siam, en Thailande, à Trinidad.

Les festivals sont certes synonymes de réjouissances mais à l’occasion de ces fêtes, beaucoup de gens boivent et des troupes de jeunes loups déambulent dans les rues complètement déchaînés. Les mises en garde contre le feu et la surdité dans la presse à l’époque de Diwali s’intensifient. À Delhi des enfants manifestent contre la pollution engendrée par la fumée des pétards qui recouvre toute la ville.

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Les mois lunaires indiens, leur équivalent grégorien et les six saisons

1- Grishma (eté) — Vaishaka : avril-mai — Jyaistha : mai-juin

2 – Varsha (mousson) — Ashada : juin-juillet — Sravana : juillet-août

3- Sharata (automne) — Bhadra : août-septembre — Asvina : septembre- octobre

4- Hemanta (automne) — Kartika : octobre-novembre — Agrahayana : novembre-décembre

5 – Shit (hiver) — Pausa : décembre-janvier — Magha : janvier-février

6 – Vasanta (printemps) — Phalguna : février-mars — Chaitra : mars-avril

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GLOSSAIRE

Ayodhya : ville de l’Uttar Pradesh où est né Rama.

Brahmane : membre de la caste la plus élevée, traditionnellement ils sont prêtres, professeurs, intellectuels etc.

Jain : adepte du jainisme, religion qui vénère et protège toute forme de vie (ahimsa). Religion toute aussi proche du bouddhisme que de l’hindouisme, fondée par le prophète Mahavira 500 av. J.-C . Ils sont aujourd’hui 4,5 millions et vivent surtout dans l’ouest et le Sud-ouest de l’Inde. Pour éviter d’attenter à la vie d’êtres microscopiques lorsqu’ils respirent en marchant, ils portent un mouchoir blanc au niveau de la bouche et du nez.

Krishna : huitième incarnation de Vishnu, dieu très populaire. Seul personnage dont on a pu prouver historiquement le lieu de naissance enfoui maintenant dans la mer d’Oman à côté du Maharastra.

Mahabharata : ou « Grande Inde », poème épique de 10 000 vers qui relate le conflit pour le pouvoir entre les cousins Pandava et les Kaurava. Grâce à l’intelligence de Krishna, les Pandava qui sont cinq frères finissent par tuer les Kaurava au nombre de cent.

Puja : offrande, prière faite en l’honneur d’un Dieu.

Shiva : troisième divinité de la trinité hindoue (avec Brahma et Vishnu). Symbole de la destruction , il représente aussi la création et la régénération. Il est vénéré sous la forme du lingam (symbole phallique).

Vishnu : c’est la deuxième divinité de la trinité hindoue formée par Brahma et Shiva. Vishnu est le symbole de la permanence. Il compte jusqu’à présent neuf avatars dont Rama (du Ramayana), Khrishna et Bouddha.